Quatre poèmes

Nicolaj Stochholm

Traduzido por: Roch Duval

S.S. Flying Enterprise

 

Ma mère est un vent doux

elle a embrassé ma joue

et est sortie en haute mer

 

Ma mère est une ballerine

avec une pierre de lune elle

suit le courant étreignant

univers et bêtes inconnues

 

Ma mère est un albatros

elle m’a heurté de son aile

et a glissé sur la crête de la tempête,

elle s’est envolée avec la réfraction

de la lumière et toutes les vagues à bord.

 

 

 

 

 

La princesse sur ma table

 

Pas de mal, ma cocotte, rien n’est

revenu et nous sommes comme des

oiseaux au cœur de la tourmente, le feu

que tu attises en moi chasse le vent, un

cœur dévoré par les dieux et une petite

fille dans une lueur étrange, une poupée

décorée de perles et de vison sur ma table

une lampe éteinte, la pointe du jour

qui se manifeste devant moi

solennelle, le calme règne dans la ville

qui doit survivre sans nous.



Le testament de l’eau

 

Aussi longtemps que je me souvienne

j’ai uniquement été ballotté entre deux

l’un reluisant et insaisissable

comme ma voix et un afflux

de mots polymorphes, l’autre,

cinépathie des pavots, prêt à croire

que tout corps qui pense

se tenir en suspens

pour le saut impétueux

dans le troisième se noie

dans sa propre construction : je

suis un nombre et tout est passé au vert,

sur le bord s’exhibe une vaine paire

blanche de sabots de sauveteur



Le testament du feu

 

Je m’éveille dans l’obscurité

et m’entends m’élancer

loin à l’extérieur, j’écoute

les chemins dans le vent

mais il me mène plus loin

encore plus loin, mon espace

semble si dur et résistant je

ne veux que dormir profondément

j’entends ma propre main

balayer la porte, ça sonne

presque comme une chanson

que je croyais avoir oubliée

je me suis mis à l’écart et

me suis évadé de He He

Nicolaj Stochholm
Nicolaj Stochholm (né en 1966 à Charlottelund) constitue un apport inestimable à la riche tradition poétique danoise. Remarqué dès 1984, lors de la publication de ses premiers poèmes dans la revue Hvedekorn, Stochholm a publié depuis lors de nombreux recueils de poésie. Après un silence de huit ans – période marquée cependant par l’octroi de deux prix importants (Le Prix Béatrice de L’Académie Danoise en 2002 et la Médaille Emil Aarestrup en 2004). –  l’auteur publie Aldrig mere. Son dernier recueil, Odefabrikanten (2011) a reçu un accueil chaleureux de la critique.

Roch Duval

Né à Montréal en 1958, Roch Duval est détenteur d'un doctorat en philosophie, obtenu sous la gouverne d'Yvon Gauthier, ainsi qu'un doctorat en traduction, obtenu sous la gouverne de Georges Bastin. Sa première thèse fut dans le domaine de l'épistémologie et de la logique modale, et la deuxième, sur les fondements épistémologiques de la théorie de la traduction chez Haroldo de Campos. Il est spécialiste des langues scandinaves, y compris le finnois.