Deux poèmes

Jens Nielsen

Traduzido por: Camille Luscher

Égal

 

C’est une petite fille

Cette petite fille s’appelle

Égal

La petite fille est assise dans une petite chambre

Sur le sol

Tout est calme dans la maison

La petite fille regarde la porte

Elle regarde la porte toute la journée

Et toute la nuit

Tôt le matin elle entend des pas dans le couloir

Les pas se rapprochent

Les pas trébuchent

Ils tombent et ils jurent

Se relèvent

Se mettent à rire

Poursuivent leur chemin

Et s’arrêtent

La porte s’ouvre

Les pas sont là

Ils ressemblent à deux ombres

Qui pénètrent dans la petite chambre

Prennent couteaux et ciseaux

Et entaillent la petite fille sur le côté

Puis font entrer les vivres dans la petite fille

Font entrer les cadeaux dans la petite fille

Font entrer les meubles

Font entrer la chambre

La maison

Le pays

Et le jour

Et à présent les vivres

Et les cadeaux

Et les meubles

Et la chambre

Et toute la maison

Et tout le pays

Et tout le jour sont à l’intérieur de la petite fille

Alors les deux ombres aussi entrent à l’intérieur

Et depuis l’intérieur elles referment la petite fille

Et elles mangent

Et chantent

Et célèbrent la vie

Et la petite fille assise dans le noir

Regarde dehors dans la nuit

Et parle doucement à sa peau

 

 

 

Herbe deux

 

Sur une pelouse dans un parc un homme tombait lentement

Une femme passait par là

Elle s’arrêta et

Holà mon bon Monsieur

Mais vous tombez

Je sais

Dit l’homme qui tombait

Permettez que je vous retienne

Dit la femme et elle se pencha vers lui

L’homme qui tombait refusa d’un geste

Racontez-moi

Dit-il

Racontez-moi plutôt votre vie

La femme hésita

Regarda sa montre et réfléchit

D’accord

Dit-elle enfin

Et elle raconta sa vie

L’homme qui tombait l’écoutait

Parfois il lui fallait rire

Parfois il lui fallait pleurer

Et parfois la femme pleurait elle aussi

Quand elle eut tout raconté l’automne était là

L’homme était tombé très bas et la femme s’était penchée

très bas.

Épousez-moi

Dit l’homme

D’accord

Dit la femme

 

 

Et toute penchée elle traversa la pelouse pour quérir le prêtre

Redresse-toi mon enfant

Dit le prêtre

Impossible

Dit-elle

Venez vite je me marie

Et elle le mena à travers le parc jusqu’à son fiancé

Mais il tombe

Dit le prêtre

Permettez que je le retienne

Mais l’homme refusa

Unissez-nous plutôt

Vite

Le prêtre se pencha en avant et les unit

Vous pouvez maintenant embrasser la mariée

Dit le prêtre

Alors ses lèvres effleurèrent sa bouche

Et les cheveux blancs de la femme effleurèrent l’herbe

Faisons un enfant

Dit la femme

D’accord

Dit l’homme

Et ils firent un enfant

Oh

Dit le prêtre

Et il s’en alla tout penché.

Jens Nielsen

D’origine danoise, Jens Nielsen est né en 1966 à Aarau, en Suisse. Il vit à Zurich, où il écrit et joue la comédie, et agit comme performeur de ses propres textes. Il a créé avec Aglaja Veterani la troupe de théâtre « Die Engelmaschine ». Il est l’auteur de nombreuses pièces de théâtre qui connaissent depuis 2001 un joli succès sur les ondes et sur les scènes de Suisse. 

Camille Luscher

Camille Luscher est traductrice littéraire de l’allemand au français et poursuit actuellement un Master en traduction littéraire, à la Haute Ecole d’Art de Berne, en Suisse. Elle traduit des proses courtes pour différentes revues et s’essaie parfois à la traduction de poésie. Elle a publié des traductions d'Arno Camenisch (En bas 2010), d'Anna Kim (Meet, 2011) et dans différentes revues.