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La vallée des rochers

Gail Helgason

Traduzido por: Gilles Mossière

Texto original: "Valley of the Rocks "


Obra de arte Alexander Stovbur

Le 1er janvier,

 

Chers M. et Mme Ogloff,

 

Je ne connaissais pas votre fils, mais je l’ai vu peu de temps avant sa disparition. Les circonstances de sa mort ne me sont donc pas tout à fait étrangères.

Ici, une nouvelle année commence, mais je suis encore obsédée par ce qui s’est passé l’automne dernier. C’est pour ça que, ce soir, je suis seule à la table de la salle à manger, en train de vider une deuxième bouteille de Beaujolais nouveau. Récemment, j’ai commencé à entendre des bruits au cours de mes promenades de l’après-midi – des crissements semblables à ceux de pneus de vélo sur du gravier. De jour en jour, ils semblent augmenter d’intensité, mais je n’arrive pas à en identifier l’origine. Il y a quelques minutes de cela, je me suis dit que j’arriverais peut-être à les faire cesser si je me versais un autre verre de vin et vous écrivais tout ce que je sais au sujet de votre fils.

Je l’ai vu pour la première fois le 12 septembre autour de midi. D’après ce que les journaux ont rapporté, c’est plus tard ce jour-là qu’il aurait disparu. Il faisait un sale temps pour se balader dans les Rocheuses canadiennes, particulièrement à cette altitude, et il tombait de la neige mouillée lorsque je suis sortie de la gare du téléphérique.

En un sens, cette froide température n’était pas pour me déplaire : je pensais avoir le sentier à moi toute seule. Le temps d’arriver au col Citadel, la neige avait presque cessé. Les mélèzes créaient, ça et là, des taches dorées dans la masse sombre des épinettes qui tapissaient le flanc des montagnes. Ça aurait pu faire une bonne page de couverture pour mes revues favorites, Backpacking et National Geographic, que j’avais feuilletées en préparant ma randonnée.

Mon mari Galt est décédé, mais c’est lui qui m’avait initiée à l’arrière-pays. Si je mentionne son nom, c’est en partie parce que je suis sûre qu’il me manque autant qu’à vous, votre fils vous manque. Pour notre première nuit en montagne, Galt et moi étions allés au lac Egypt au mois de septembre, et, à sa mort, j’ai fait la promesse de retourner dans cette région des Rocheuses tous les ans à la même époque. D’une certaine manière, pour moi, cette randonnée annuelle est sacrée.

La première fois que votre fils s’est manifesté à mon attention, j’étais au milieu de la descente du col Citadel. Derrière moi, quelqu’un a crié : « Attention! » de manière si soudaine que j’ai failli me retrouver les quatre fers en l’air. Votre fils m’a dépassée dans un éclair de Lycra et d’aluminium. Il avait le nez sur le guidon et chevauchait sa machine comme un cow-boy un cheval sauvage. Il dévalait à toute allure des sections de sentier si pleines d’embûches que, moi, je les négociais à tous petits pas, en me cramponnant à mon bâton de marche, bien que je n’aie que trente-cinq ans et qu’on me considère athlétique.

Puis votre fils a disparu dans la brume.

Je dois vous le dire franchement, la première idée qui m’est passée par la tête, c’est que les vélos de montagne n’étaient pas autorisés sur ce sentier. J’ai ensuite pensé – non, c’était plutôt une impression – que cette journée avait perdu de sa magie. Cette rencontre m’a rappelé la fois où, dans le parc national Yoho, Galt et moi avions trouvé l’emplacement idéal pour camper, juste à côté d’un ruisseau. Nous avions à peine fini de monter la tente que deux camping-cars avaient débarqué. Et, en quelques minutes, nous avions cinq familles et autant de radiocassettes autour de nous.

J’ai tout de suite vu que votre fils n’avait pas l’intention de passer la nuit dans l’arrière-pays : il ne portait qu’un petit sac banane à la ceinture. Comme ça, il pourrait avaler un hamburger dans un fast-food de Calgary le soir même. Alors que ma destination à moi, c’était une auberge sans électricité et sans route d’accès, rien qu’un petit sentier de terre – des conditions qui n’avaient pas changé dans ces montagnes au cours des soixante dernières années. Et puis, votre fils a déboulé sur son cheval métallique, et il m’a dérobé quelque chose au passage.

N’allez surtout pas croire que je sois une de ces dingues anti-technologie. Ce soir, j’ai fait chauffer mon dîner dans un four à micro-ondes, et j’ai ensuite regardé un documentaire sur le Yosemite que j’avais enregistré au magnétoscope. Ce qui me dérange quand il y a trop de technologie dans l’arrière-pays, c’est que j’ai l’impression de ne plus avoir aucun endroit où me réfugier.

Galt avait une attitude encore plus intransigeante à ce sujet. Lors de notre première randonnée, au lac Egypt, il m’avait reproché d’avoir apporté un appareil photo Canon Sureshot. Il n’aimait pas l’idée que les gens pensent pouvoir capturer le caractère sauvage de l’arrière-pays dans des petits carrés et rectangles de papier.

Je lui avais rétorqué : « Fiche-moi la paix, Galt, c’est moi qui le porte, l’appareil, et je prendrai autant de photos que je voudrai », et il n’avait rien fait pour m’en empêcher. Il disait toujours que rien ne pouvait m’arrêter une fois que j’avais pris une décision, et c’est vrai que parfois je faisais ça sur un coup de tête.

J’avais eu gain de cause pour l’appareil, mais Galt avait toujours refusé de prendre la pose. Sur la dernière photo que j’ai de lui, son visage, levé vers les sommets, est légèrement flou dans l’encadrement de la porte du chalet de ski : il me fait penser à un croisement entre un adolescent champion d’athlétisme et un roi-philosophe.

Il y a dix ans, j’avais suivi un cours d’escalade à Jasper, et Galt en était, de loin, le plus bel homme. Je l’avais remarqué immédiatement : il était d’allure svelte même vêtu d’un ample pantalon de jogging gris. Le deuxième jour, les participants avaient été divisés en deux groupes pour faire un exercice pratique. J’étais censée faire partie de la première équipe, mais, à la dernière minute, je m’étais dirigée vers celle de Galt et avais saisi l’autre extrémité de la corde à laquelle il s’était attaché.

En fin d’après-midi, lorsque le cours s’était terminé, nous avions échangé nos coordonnées. Je me souviens d’avoir craint qu’il soit uniquement à la recherche d’un partenaire d’escalade. Mais, trois jours plus tard, il m’avait appelée pour aller voir un film. Nous avions regardé Clint Eastwood faire l’ascension de l’Eiger, et avions rigolé du nombre de mannequins en celluloïd qui avaient dégringolé de la montagne.

Galt est décédé l’hiver dernier, et les circonstances de sa mort m’aideront à expliquer ce qui est arrivé à votre fils. Je joins à cette lettre une photocopie de l’entrefilet paru dans le journal :

 

   Banff – M. Galt Hagan, âgé de 43 ans et domicilié à Edmonton, est décédé mardi des lésions internes subies lors d’un accident de ski à Lac Louise.

 

   La police a annoncé que M. Hagan, copropriétaire d’une société d’informatique, avait été heurté de plein fouet par un autre skieur alors qu’il était au milieu d’une piste noire.

 

Un policier m’a expliqué que le skieur qui était entré en collision avec mon mari portait un de ces anoraks avec une radio intégrée dans le col. Lorsque l’accident était arrivé, le niveau sonore était réglé au maximum.

« Le jeune homme a dit qu’il était dans sa bulle, qu’il s’éclatait sur les pistes au rythme de la musique. Il a aperçu votre mari trop tard et n’a pas pu l’éviter », voilà ce que le policier m’avait annoncé.

Il ne faut pas que je parle trop de Galt et de mon propre chagrin, juste assez pour expliquer le rapport avec le décès de votre fils. La bruine avait repris alors que j’allais pénétrer dans la vallée des Rochers. Dans ce lieu sombre et reculé, loin de la civilisation, d’énormes blocs de pierre font face à la célèbre montagne. Je n’ai jamais pu imaginer cette vallée autrement que comme un site de rites macabres. La première fois que Galt et moi l’avions traversée, je lui avais dit qu’elle me faisait penser à une sorte de Stonehenge alpestre. Un moment, je m’étais même demandé si les autochtones, pour qui cette montagne était sacrée, avaient jamais effectué des sacrifices humains dans cette vallée. Galt m’avait répondu que je la confondais avec celle de Waipio à Hawaï, où nous avions passé une nuit. Nous avions appris plus tard que des centaines de vierges avaient été immolées sur un grand rocher plat, pas très éloigné de l’endroit où nous avions campé. Quand j’avais appris ça, j’avais éprouvé un drôle de sentiment, comme si, d’une manière ou d’une autre, j’aurais dû être capable de deviner les secrets de ce lieu.

D’habitude, je dissipe mes moments d’anxiété en visualisant des scènes paisibles. Ce jour de septembre, après ma rencontre inopinée avec votre fils, j’ai donc imaginé mon arrivée à la vieille auberge en bois rond. J’ai pensé au sauna que je prendrais avant de dîner, je me suis demandé si je serais d’humeur à bavarder avec les autres clients – qui seraient certainement des globe-trotters avertis – ou si je me réfugierais simplement, comme d’habitude, sous l’épaisse couette en duvet, afin de me réveiller toute ragaillardie le lendemain matin pour monter jusqu’au col Wonder.

J’étais parvenue à la moitié de la vallée des Rochers, quand la bruine a diminué d’intensité, et que j’ai entendu de la musique. Je ne connais pas le nom du groupe, mais je suis certaine que c’était quelque chose comme « Crapaud écrasé ». C’est alors que j’ai revu votre fils. Il était assis sur un rocher à environ cinq mètres de la piste, en train de réajuster un foulard ensanglanté sur une vilaine balafre qu’il s’était faite à la jambe. Sa chemise était maculée de boue. Un petit radiocassette était posé à côté de lui. Le niveau sonore en était élevé.

Votre fils avait comme l’air d’attendre que je dise quelque chose. J’essaie de me rappeler son visage, mais tout ce qui me revient en mémoire, c’est son épaisse chevelure châtain, dont la propreté m’avait étonnée, et l’extrême minceur de son corps. Par la suite, j’ai lu dans le journal qu’il venait de gagner une bourse pour financer ses études de maths.

Si votre fils n’avait pas écouté de la musique, je me serais peut-être arrêtée pour lui demander s’il avait besoin de quelque chose. J’avais une trousse de premiers soins, mais j’ai pensé que s’il avait besoin d’aide, c’était à lui de le dire. D’autre part, je n’étais pas d’humeur à faire la conversation. Lui adressant un petit salut de la tête, j’ai donc continué mon chemin. Je voulais arriver à l’auberge pour l’heure du dîner.

Un peu plus loin, la célèbre montagne, que les Indiens appellent « Demeure du Grand Esprit », est apparue au détour du chemin. J’étais en train de sortir mon guide de randonnée de mon sac pour voir quelle distance il me restait à parcourir, lorsque j’ai de nouveau entendu le bruit du radiocassette, et j’ai compris que votre fils n’était pas loin derrière moi. Il m’a rattrapée et nous avons discuté quelques minutes. Il fut très poli. S’il n’avait pas été si courtois, je pourrais plus facilement supporter ce qui est arrivé plus tard.

« Excusez-moi, madame, je voulais vous demander là-haut… Pourriez-vous vérifier quelque chose dans votre livre? »

J’ai acquiescé de la tête.

« Pourriez-vous me dire à quelle distance je suis du point de départ de la piste? Il faut que j’y sois à six heures pour prendre la dernière benne du téléphérique. »

Je me suis demandé pourquoi il n’avait pas de montre, ou son propre bouquin. Mais je me suis contentée de jeter un œil dans mon guide, et lui ai annoncé qu’il avait vingt kilomètres à faire, en remontant d’abord au col. Il était 4 h 30.

« Bon sang! s’est-il exclamé, il va me falloir des ailes pour y arriver. »

Après un instant de réflexion, il a ajouté : « Et l’auberge, à quelle distance est-elle? »

Je lui ai dit la vérité. Elle se trouvait à environ huit kilomètres de là, nichée dans un bosquet d’épinettes. « Si vous faites demi-tour immédiatement, vous devriez arriver au téléphérique juste à temps », lui ai-je déclaré.

Je me souviens qu’il avait levé la tête vers le ciel couleur de plomb.

« Ouais, a-t-il répondu, merci. »

J’ai alors poursuivi ma descente. J’avais un léger mal de tête et une douleur dans le dos.

Quelques minutes plus tard, un fin grésil s’est mis à tomber, et quand je suis arrivée à l’auberge, la neige m’enveloppait comme un épais châle de laine.

 

Rien ne semblait avoir changé depuis la dernière fois que Galt et moi avions séjourné là-bas. La lueur des bougies se reflétait toujours sur la table vernissée de la salle à manger, et les photos sépia des premiers skieurs dans les Rocheuses canadiennes en ornaient encore les murs. J’ai suspendu ma veste trempée et mes moufles pour les faire sécher au-dessus de la cheminée en pierre, et me suis installée pour dîner : soupe à l’avocat, agneau à l’aneth, riz pilaf, salade niçoise, vin blanc sec et pêches fraîches au Sauternes.

La femme d’un médecin de Portland m’a passé le plat de riz et demandé si ma randonnée s’était bien passée. Ses bagues en or et ses rubis étincelaient sur le vernis de la table en pin.

« Je n’ai pas traîné », lui ai-je répondu.

« Il n’y avait personne d’autre sur la piste? » a demandé le propriétaire. Vous vous souvenez probablement que le journal mentionnait son nom. C’est un guide agréé, petit et baraqué, dans la soixantaine. Au cours de sa vie, il avait sauvé celle de plusieurs de ses clients enfouis sous des avalanches.

« Non, ai-je répliqué, j’étais la seule assez folle pour m’aventurer jusqu’ici – à part un type en vélo de montagne. »

« Et vous allez aussi repartir à pied? » a continué la femme du médecin. Elle a tourné la tête vers la fenêtre par laquelle on voyait les flocons virevolter dans l’obscurité. « Ou bien allez-vous être raisonnable, comme nous, et prendre l’hélicoptère? »

J’ai baissé les yeux sur mon verre de vin. « Je serai raisonnable », me suis-je entendu dire. J’ai été la seule à être surprise de ma réponse.

En grimpant dans l’hélicoptère, deux jours plus tard, je me sentais comme une gamine, émerveillée. À perte de vue, tout n’était que blancheur virginale ; seule la cime de la grande montagne était cachée dans les nuages.

« Quelle tempête! », c’est ce qu’avait crié le pilote par-dessus le vrombissement du moteur. « J’en ai jamais vu de pareille si tôt dans la saison. »

À l’héliport, je lui ai demandé de bien vouloir me déposer à ma voiture. Nous ne nous sommes pas dit grand-chose pendant le trajet. Sa camionnette bringuebalait entre les nids de poule de la route, et le cendrier débordait sur le tapis de sol en lambeaux de couleur rouge sang.

Au village, je me suis arrêtée à la station-service, j’ai fait le plein et acheté, à la va-vite, un sandwich pour le voyage de retour à Edmonton. C’est au comptoir que j’ai vu la manchette du journal de Calgary.

« Cycliste perdu dans la tempête », ai-je lu. « Les gardes du parc ont annoncé qu’ils reprendraient les recherches ce matin pour retrouver un jeune homme qui n’est pas rentré d’une excursion à vélo de montagne dans la vallée des Rochers. »

Le journal n’indiquait pas le nom du disparu. Je me suis alors demandé si je devrais téléphoner à quelqu’un, essayer d’expliquer. Mais j’avais une bonne dizaine de raisons de garder le silence. Évidemment, j’aurais dû déclarer plus tôt tout ce que je savais : désormais, on me demanderait pourquoi j’avais tant tardé. Il pourrait y avoir des problèmes juridiques. Et je pensais qu’il y avait encore des chances qu’on retrouve votre fils vivant.

Environ une semaine plus tard, l’agence Presse Canadienne a annoncé qu’on avait retrouvé le corps d’un homme près du terrain de camping équestre, situé au nord de l’auberge, et qu’on l’avait identifié comme celui de votre fils. Après le sous-titre « Il adorait l’arrière-pays », Mme Ogloff déclarait que son fils raffolait de son vélo de montagne, parce qu’il lui permettait de s’aventurer loin dans les Rocheuses « sans avoir à emporter de tente et de sac de couchage ».

C’est alors que j’ai songé à vous contacter. Mais cette fois encore, je me suis trouvé des excuses pour ne pas le faire. Maintenant, pour des raisons qui me sont propres, je me sens obligée de vous écrire tout ce que je sais sur la disparition de votre fils.

Ce jour de septembre-là, autour de cinq heures, les sommets ont de nouveau disparu dans les nuages. Je me suis mise à regarder ma montre environ toutes les quinze minutes pour estimer la distance qu’il me restait à parcourir.

La luminosité diminuait rapidement lorsque je suis arrivée au dernier embranchement, presque au bout de la vallée des Rochers. Sur un piquet, un panneau abîmé par les intempéries indiquait, direction sud, le chemin de l’auberge. C’est à ce moment-là que j’ai cru entendre une musique encore distante, mais qui se rapprochait. Les sons se propagent tellement loin en montagne.

Et, tout d’un coup, j’ai senti ce bruit assaillir toutes les fibres de mon corps, me poursuivre sur le sentier du col Wonder, ou sur la terrasse de l’auberge au moment où tout le monde se réunirait pour prendre l’apéritif après une bonne journée de marche. J’ai imaginé votre fils traînant dans les parages, peut-être écoutant ses cassettes dans sa chambre, pas vraiment à sa place parmi nous.

Avant de vraiment comprendre ce qui m’arrivait, j’étais en train de faire pivoter le panneau indicateur ; c’était un vieux modèle – pas un de ceux que les gardes des parcs ont installés dans les nouveaux sites touristiques, comme à Kananaskis – et une semaine de pluie avait détrempé le sol. Quand j’ai eu fini, le panneau pointait vers le nord, en direction du terrain de camping équestre à une vingtaine de kilomètres de là.

Il faisait trop froid pour s’attarder. Je me suis donc remise en route. Je n’ai jamais revu votre fils.

Il serait ridicule de vous demander de me pardonner, ou même de me comprendre. J’ai indiqué, tout à l’heure, que la vallée des Rochers m’avait toujours donné l’impression d’être un lieu de sacrifices humains. Je sais que je la considérerai toujours comme un endroit où règnent des forces sombres et incontrôlables. Je n’y retournerai plus jamais.

 

Sincèrement,

Alexandra Hagan

 

Je glisse la lettre dans une enveloppe et y inscris l’adresse avec le plus grand soin. Mon écriture s’est détériorée au fil des dernières pages, conséquence probable des deux bouteilles que j’ai éclusées.

Je vais dans la cuisine, soulève le couvercle de la poubelle, et déchire ma lettre en petits morceaux. Comme je l’avais écrit, rien de ce que je pourrais faire désormais ne rendrait la vie à ce garçon ; et même dans le triste état où je suis, je me rends parfaitement compte que ma lettre pourrait avoir de désagréables implications juridiques.

J’envisage de déposer le sac dans la poubelle de l’allée avant d’aller me coucher, mais j’écarte cette idée. Il est tard et il fait sombre; c’est une nuit sans lune.

Gail Helgason

Gail Helgason’s first novel, Swimming into Darkness (Coteau Books, 2001), set during the beginning of Medicare, was short-listed for the Georges Bugnet Award, Writers Guild of Alberta, 2002. Her short story collection, Fracture Patterns (Coteau Books, 1995), was short-listed for the City of Edmonton Book Prize and for the Best First Book Award, Writers Guild of Alberta. She lives in St. Albert where she works as a freelance journalist. This story was originally published in Fracture Patterns by Coteau Books in 1995 and is reprinted here with the permission of the author.

Gilles Mossière

Gilles Mossière (ATIA) est né à Lyon (France) et y a fait des études d’anglais. Il a déménagé à Calgary en 1978 et a obtenu une maîtrise en littérature francophone en 1991. Il enseigne à l’université Mount Royal. Dans le cadre de son programme de doctorat à l’université de Calgary, il effectue des recherches sur le traitement de l’Himalaya dans la littérature française. Il contribue à TransLit depuis le volume 3 et espère que ses traductions aident à faire connaître des auteurs albertains de qualité.