Paysages

Jonathan Locke Hart

Translated by: Nicole Mallet

Original text: "Landscapes "


Artwork by Christian Jaramillo Vargas

La mer est calme

 

La mer est calme

Tandis que des pensées hivernales

                                                                        Balbutient dans l’esprit que voilà

                                                                        Et s’échappent dans le vent d’été. 

 

                                    Le silence

Du moment est d’une grande

Violence et nous transporte au-delà

De l’excuse du bruit.

 

 

C’est un pays

 

C’est un pays couturé de distances

Où les familles éparses s’installent au gré du vent,

Un pays aussi rude que ses

Montagnes.

 

Ici, la peau regimbe sous le pincement des doigts

De janvier.

 

 

Orlo        

 

Le père, la mère et l’enfant sont assis au milieu du lac

Dans une barque ; l’eau est calme, le ciel clair,

Le soleil chaud.                  

 

                           La barque est une araignée d’eau

Qui glisse lentement tandis que les trois passagers

S’entretiennent de la tranquillité.                          

 

Lac Blue Sea

 

Tout est là : brumes pareilles à des vieillards émergeant du lac,                                          

Huards plaintifs qui se cachent la tête

Dans le corps vierge des songes.

                                        Au cœur

 De ce silence serpente le train, deux lignes

Qui jamais ne se rejoignent.

                                La surface des rails

Luit sous le rougeoiement du soleil – l’eau

Est un verre sombre, profond, gravé de longue date par les glaciers,

Et il n’y a pas de vent.

 

                           Passe un jeune garçon accompagné de son chien,

Il regarde le rail sans raccord qui suit la courbe

De la baie jusqu’à la falaise de roc cuivré.

Un concert d’oiseaux stridents rompt le calme de l’instant.

Le garçon soupire.

    Juste comme il fait corps

Avec l’eau et le gravier et que le vent et le soleil montent à l’horizon,

Le chien tressaute, le garçon trébuche sur la traverse

Et pousse un cri de douleur devant la merveille.          

 

 

Lac Blue Sea II

 

J’ai perdu tout souvenir:

Pin nordique, cerisier sauvage, bouleau,

Soleil pilonnant la route de terre,

Eau du lac assez propre pour qu’on la boive,        

Radeau d’où nous plongions, alignement

Des abris à bateaux en bois, poissons lunes

Pêchés et rejetés à l’eau, orages

Nous cinglant de grêle, fouettant la surface

Du lac, odeur de l’herbe

Après la pluie, enfants faisant griller

Des guimauves le soir, grondement

Des moteurs, courbe de la voie ferrée,

Chalets sur pilotis, chiens

Bondissant après les bâtons, plongeant dans

L’eau – rien ne retient

Les tessons de verre de la mémoire,                                                                   

Les oreilles gonflées de

Vent, les larmes refoulées, le rire qui reflue

Dans les poumons.

                           Nul ne m’avait promis

Le monde, mais je comptais bien

L’obtenir.

Jonathan Locke Hart

Jonathan Locke Hart teaches at the University of Alberta. His poetry books include Breath and Dust (2000), Dream China (2002), Dream Salvage (2003), Dreamworks (2009) and Musing (2011). These poems were riginally published in Breath and Dust by Mattoid-Grange in 2000 and are reprinted with the permission of the author.

Nicole Mallet
Nicole Mallet est  professeure émérite à l’Université de l’Alberta. Elle a publié de nombreuses études consacrées au théâtre et aux épistolières de l’Ancien Régime ainsi qu’à l’histoire de la traduction. Ses traductions littéraires les plus récentes sont les Essais de Henry David Thoreau (2007) et Le Désert de John Van Dyke (2010). D'autres traductions des poèmes de Jonathan Locke Hart viennent de paraître aux Éditions du Noroît.